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vendredi 18 juillet 2014

Baudelaire - Spleen LXXVI



Ecouter sur DEEZER
Interprétation :
Serge Bouzouki
Composition :
Serge Renard

Ecouter sur DEEZER
Interprétation :
Georges Chelon
Composition :
Georges Chelon



Charles Baudelaire (1821-1867)


J'ai plus de souvenirs...

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.



Du même auteur :
A celle qui est trop gaie
A une passante
Abel et Caïn
Ce fléau, natif de Tournai
Chant d'automne
Elévation
Harmonie du soir
Hymne
L'Albatros
L'amour et le crâne
L'ennemi
L'homme et la mer
L'Horloge
L'héautontimorouménos
L'invitation au voyage
L'irréparable
L'étranger
La Beauté
La cloche fêlée
La Destruction
La fontaine de sang
La mort des amants
La mort des artistes
La mort des pauvres
La muse vénale
La Musique
La rançon
La vie antérieure
Le Chat (1)
Le Chat (2)
Le flacon
Le flambeau vivant
Le jet d'eau
Le jeu
Le Serpent qui Danse
Le Soleil
Le tonneau de la Haine
Le vampire
Le vin de l'assassin
Les chats
Le voyage
Les hiboux
Les yeux de Berthe
Moesta et errabunda
Parfum exotique
Recueillement
Réversibilité
Semper eadem
Spleen - J'ai plus de souvenirs...
Spleen - Je suis comme le Roi...
Spleen - Quand le ciel bas et lourd...
Tristesses de la Lune
Tu mettrais l'univers...

jeudi 17 juillet 2014

Baudelaire - Spleen LXXVII


    Composé et interprété par le groupe de St Pierre et Miquelon DODE



Charles Baudelaire (1821-1867)


Je suis comme le roi...

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
II n'a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé



La version de Modern Cubism
- Diffusé par DEEZER -

mardi 15 juillet 2014

Eluard - Dormir


        Pablo Picasso - La dormeuse aux persiennes

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Catherine Sauvage
Musique de Philippe-Gérard



Paul Eluard - (1895-1952)


Dormir

Dormir, la lune dans un œil et le soleil dans l’autre,
Un amour dans la bouche, un bel oiseau dans les cheveux,
Parée comme les champs, les bois, les routes et la mer,
Belle et parée comme le tour du monde.

Puis à travers le paysage,
Parmi les branches de fumée et tous les fruits du vent,
Jambes de pierre aux bas de sable,
Prise à la taille, à tous les muscles de rivière,
Et le dernier souci sur un visage transformé.



Du même auteur :
Belle et ressemblante
Bonne justice
Dormir
Je te l’ai dit pour les nuages
La parole
Le sourd et l'aveugle
Liberté
Notre mouvement
Notre vie
Nous avons fait la nuit
On ne peut me connaître
Picasso
Printemps
Plume d'eau claire
Rôdeuse au front de verre
Sérénité
Tout disparut
Tu vois le feu de soir
Une herbe pauvre

vendredi 11 juillet 2014

Rimbaud - Soleil et Chair (3)


        Bacchus et Ariadne par Titien

Ecouter sur DEEZER
Composé et chanté
par Richard Ankri



Arthur Rimbaud - (1854-1891)


Soleil et Chair (3)

Ô splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !
Ô renouveau d'amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
- Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,
Ô douce vierge enfant qu'une nuit a brisée,
Tais-toi ! Sur son char d'or brodé de noirs raisins,
Lysios, promené dans les champs Phrygiens
Par les tigres lascifs et les panthères rousses,
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.
- Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d'Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur,
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d'or fleurit sa chevelure.
- Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
- Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l'or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
- Héraclès, le Dompteur, qui, comme d'une gloire,
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S'avance, front terrible et doux, à l'horizon !

Par la lune d'été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s'étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux...
- La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...
- La Source pleure au loin dans une longue extase...
C'est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
- Une brise d'amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l'horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
- Les Dieux écoutent l'Homme et le Monde infini !


mercredi 9 juillet 2014

Rimbaud - Soleil et Chair (2)


Ecouter sur DEEZER
Composé et chanté
par Richard Ankri



Arthur Rimbaud - (1854-1891)


Soleil et Chair (2)

Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! - Oh ! la route est amère
Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en toi que je crois !
- Oui, l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste,
Parce qu'il a sali son fier buste de dieu,
Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,
Son cors Olympien aux servitudes sales !
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté !
- Et l'Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l'Homme pût éclairer sa pauvre âme
Et monter lentement, dans un immense amour,
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être courtisane !
- C'est une bonne farce ! et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !

Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !
- Car l'Homme a fini ! l'Homme a joué tous les rôles !
Au grand jour, fatigué de briser des idoles,
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !
L'Idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front !
Et quand tu le verras sonder tout l'horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !
- Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L'Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d'un immense baiser !

- Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser.


lundi 7 juillet 2014

Rimbaud - Soleil et Chair (1)


Ecouter sur DEEZER
Composé et chanté
par Richard Ankri



Arthur Rimbaud - (1854-1891)


Soleil et Chair (1)

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !

Et tout croît, et tout monte !

- Ô Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,
La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d'airain, les splendides cités ;
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
- Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.

Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,
L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs !


samedi 5 juillet 2014

Maurice Scève - Moins je la vois


        Pernette du Guillet

Ecouter la version chantée
Interprétation : Carole Farley
Composition : Darius Milhaud
- Diffusé par DEEZER -



Maurice Scève - (1501-1564)


Moins je la vois

Moins je la vois, certes plus je la hais :
Plus je la hais, et moins elle me fâche.
Plus je l'estime, et moins compte j'en fais :
Plus je la fuis, plus veux qu'elle me sache.

En un moment deux divers traits me lâche
Amour et haine, ennui avec plaisir.

Forte est l'amour, qui lors me vient saisir,
Quand haine vient et vengeance me crie :
Ainsi me fait haïr mon vain désir
Celle pour qui mon coeur toujours me prie


jeudi 3 juillet 2014

Allain Leprest - Je ne te salue pas



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Alain Leprest
Composition : Romain Didier
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Francesca Solleville
Composition : Romain Didier



Allain Leprest - (1954-2011)


Je ne te salue pas

Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
Athée, j´habite en bas
De ton toit prétentieux
En fumeur de havane
Gros beauf qui te pavanes
Au milieu des charniers
Avec tes dobermans
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu

Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
Pacha, mauvais sherpa
Coupeur de bites en deux
P.D.G. des nuages
Vendeur de faux voyages
Dealer de poudre aux yeux
Metteur de filles en cage
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu

Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
Le monde, et pourquoi pas?
Un gosse aurait fait mieux
Fait l´amour à l´atome
Doublé la couche d´ozone
Eve aurait eu le droit
De faire des tartes aux pommes
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu

Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
Je suis né à Couba
Quelque part en banlieue
Tes bourses à Washington
Ton pape et ta madone
L´univers les oublie
Et Satan les pardonne
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu

Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
A mon dernier repas
Appelle-moi "Monsieur"
Pas "mon fils" ni "machin"
Un père, j´en ai déjà un
Qui arrachait les clous
Quand on clouait mes poings
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu

Je ne te salue plus
Toi qui vis dans les nues
Si ton plafond s´effondre
Epargne un peu le monde
Mais qu´au moins soient sauvés
Ceux qui savent leurs avés
En ce qui me concerne
Je balance un pavé
Un pavé rouge et bleu
Dans la vitre des dieux

Se peut-il être sans clocher
Une insulte pour t´approcher?